Florilège poétique des artistes du Périgée

Cette section introduit un nouveau monde qui allie création poétique et création plastique. Elle nous entraine dans un nouveau chant, un chant du monde, un chant de la terre. Le lumineux émerge des barreaux d’ombres : ces chants pleurent la mort, pleurent la violence, pleurent le cri qui râle ténébreux… mais surgit l’amour, mais surgit la vie.

Les Silhouettes du Soleil
 Les Silhouettes Du Soleil (IX)
Les cailloux se muent en montagnes
Les lance-pierres en nucléaire.
Aux frêles silhouettes,
Partout le bronze qui tonne 
Dicte le marathon.
Tandis que l'ouïe, 
Dans un brouillard 
Dense et lointain, 
Voit encore les crissements 
Des chaînes sur chaque mine, 
La vue en temps des signes 
Profère le rivé.
Le temps sue et plisse le nez.
C'est Midi pourtant.
Soleil à son tour est nombril du ciel.
Et, sur son ombre hâlée, 
Maintenant, l'homme marche.
Croix dessus, croix dessous.
Avance tambour battant, 
Avec lui, l'Indifférence,
À visage humain.
Danse du Sahara 
Pleurs du Nil
Danse l'Iroko
Pleure l'Hibiscus
Car si on semble le mal à l'ouïe,
Le seul bien qu'on a est maudit.
Mec Handicapé, Les Silhouettes Du Soleil  (2019)

129. La fuite (avril 2021) Huile sur toile 3D (100×100)
Prière lactée pour la survivance des matins lumineux à Béni
Que le soleil se lève à Béni comme Lumumba se levait pour la cause de l'Afrique 
Que le soleil chante la terre comme les ténèbres chantent la misère des peuples ! 
J’appartiens à la virginité des vagues 
J’appartiens aux prières anciennes qui fertilisent l’espoir 
J’appartiens à un voyage lunaire qui purifie l’aube 
Au bout de ce désir de vivre, je mesure les couleurs des nuits gravées sur la pierre 
Je mesure leurs gémissements, leurs soifs d’aller à la rencontre des fleurs roses 
Je mesure l’aigreur des dix commandements 
Au bout de ce désir de vivre, je revois les larmes de Béni sur ma paix 
Je revois le mot kalachnikov sur mon cœur 
Mais mon Béni n’est plus qu’un champ dévasté 
Au bout de ce désir de vivre, j’ordonne mes ancêtres de prendre possession de nos chemins 
J’ordonne Béni de jaunir ces prières muettes 
Car 
Je connais les vagues de tes larmes 
Je connais le bruit de ton cœur 
Au bout de ce désir de vivre, ma prière traverse les frontières des djinns 
J’habite un désir soleil qui prophétise des lendemains d’altérité 
J’habite  le sens sacré des lucioles céans  
Ô Kimpa Vita ! 
Préservez-moi des matins difficiles à transporter Préservez-moi des ténèbres qui  luttent contre la migration des colombes à Béni 
Au bout de ce désir de vivre, mon Béni à moi ne sait plus essuyer la terre 
Et toutes les nuits veillent sur lui 
Priez pour nos lendemains troués 
Priez pour ces âmes qui n’arrivent plus à unir les bouts du chemin 
Priez pour le renouvellement du soleil à Béni 
Au nom de l'Afrique et de nos misères 
Mon Béni à moi n’avait qu’une seule soif polir la pierre pour sa lumière  
Mon Béni à moi n’est plus Béni malgré le sang du Christ qui a coulé sur la croix 
Au nom de l'Afrique et de nos misères 
Priez pour la survivance de nos matins blessés  
Priez afin que l’unité et la fraternité nous conduisent à refonder notre humanité Lumumba! 
Voici que le poids  de la mémoire pèse sur mes épaules  Lumumba ! 
Voici que mes nuits gémissent pour la clarté de l'espérance Au nom de l'Afrique et de nos misères  
Ne me lavez pas par le sang du Christ 
Mais lavez-moi de toutes paroles volcaniques qui viennent des dieux koongos des dieux  Tékés, des  dieux Mbochi, des dieux Balubas Lavez-moi par l’huile de palme, encens, la peau du tigre, la tête du serpent, les cheveux de Pauline,  les feuilles d'acacia, nuits chargées de lumière... 
Au bout de ce désir de vivre, j’irai bâtir des matins plus neufs que le soleil 
Et je donnerai une âme à Béni… 
Tristell MOUANDA MOUSSOKI, Et quand nos rêves embrassent les ténèbres , publié en 2019.
Série Ensemble (4/5) : les amants sur la Grand’Place Huile sur toile 3D (70×100)
Vital !
Ta lumière est mon sang  
Cesserait-t’elle de me pénétrer   
Que l’obscurité envahirait le silence morbide                             Que le rouge taperait les tréfonds de mon crâne                                  Que les larmes ne se tariraient

Ta lumière est mon sang                 Ta lumière est mon sang               Elle rugit telle les crinières au galop   
Sur le fleuve d’un crépuscule enflammé 

Crie, hurle ta puissance abandonnée                             Reviens-moi, mon souffle est coupé Viens effleurer mes lèvres ténues  Une fois encore 

Ta lumière est mon sang 
Cesserait-t’elle de me pénétrer   
Que l’obscurité envahirait le silence morbide                              Que le rouge taperait les tréfonds de mon crâne                                   Que les larmes ne se tariraient

Je t’appelle                                     Cette seconde aphone broie mon cœur                                            Comme le cristal se brise.

Cette voix chaude, ce rire               Ne sont-ce plus que des souvenirs ?S’écouleront-ils dans l’oubli?   Notre rencontre, nos caresses fébriles ?

Non, l’exaltation sourd encore et, envahit l’oubli silencieux des nôtres                                                  J’ai les yeux grand ouverts              Et ton image vacille                      Sous le souffle tiède                         Du magnolia impavide

Je vois ton sourire                           Qui fend la pierre                              Je vois ta moue                                 Qui brûle en son coeur le silence Pourtant la lune est différente

Cette nuit laiteuse est nourri de ces soleils obscurs                       J’aperçois dans la courbure du moment                                          Dans l’oval de ton regard,              Ma chair crayeuse

Ta lumière est mon sang                  Ta lumière est mon sang               Elle rugit telle les crinières au galop 
Sur le fleuve d’un crépuscule enflammé 

Marseille, en hiver, heureuse 
Comme sur des échasses bleues    
Tu peins des ocres, et des jaunes pâles                                                  Sur les monts, d’ombres incroyables 

Et sous le beffroi de Lille            Nous nous lovons rayonnants      
Sur la froideur des briques            Ne serions-nous le Sud, le Nord    Qui s’entrelacent !

Bientôt l’orient surgira                   Tel un flot limoneux                         Et nous entendrons nos murmures, nos cris retenus,                                 A travers le voilage évanescent
 
Et nous écouterons nos voyages  L’éléphant pesant sur les heures    La verticalité de l’instant sur nos lèvres ourlées par le bonheur    
Nous écouterons notre vie      
Bruire dans notre vie                        A travers nos âges impassibles

Ta lumière est mon sang 
Cesserait-t’elle de me pénétrer     Que l’obscurité envahirait le silence morbide                              Que le rouge taperait les tréfonds de mon crâne                                  Que les larmes ne se tariraient
Frédéric Lemonnier, Extrait des chansons d'hiver (2021)

Au bois des Oraisons
Au bois des oraisons,
Siffle l'amertume de ce qui n'a pu
Être et advenir.
Comme une chanson,
S'accorde sans avoir eu
Le temps d'agir,
Sur mon âme et sur mon coeur.
Tenace cette rancoeur...
Qui en un coup du sort,
S'en va et vient à sa guise.
Mais je ne lui donne pas tord,
C'est en haine qu'elle se déguise.
Mais vois-tu, elle part petit à petit
Dans le tumulte de mes mots,
Se sépare de moi et s'affranchit
De tous sentiments et de mon égo.
C'est passé, c'est fini.
Le temps alors s'emplit
D'une odeur de sérénité
En étant juste à tes côtés.
Anne C. (2021)